Transmission de l’antisémitisme à travers la famille, la religion, les médias et les identités fermées en Europe
LA HAINE HÉRITÉE
Transmission de l’antisémitisme
des sociétés d’origine vers les communautés européennes
Mécanismes de transmission des représentations collectives à travers la famille, la religion, les médias arabes et les identités fermées en contexte européen
AVANT-PROPOS
À l’été 2023, dans une banlieue de Lyon, une scène en apparence anodine retient l’attention d’un travailleur social. Un jeune homme d’origine algérienne, né et scolarisé en France, s’arrête devant une fresque murale ornée d’une étoile de David. Il refuse de passer devant elle. Interrogé, il répond avec un naturel désarmant : « C’est comme ça qu’on m’a élevé. »
Il n’avait jamais mis les pieds au Moyen-Orient. Il n’avait jamais vécu un seul jour du conflit qu’il prétendait incarner. La haine, pourtant, était là – entière, structurée, immédiatement disponible.
Ce fait n’est pas une anomalie. C’est un schéma. Il se reproduit à Marseille, à Bruxelles, à Amsterdam, à Berlin.
Une haine qui ne naît pas de l’expérience personnelle mais qui se transmet selon des mécanismes précis et identifiables : la famille, l’école coranique, la mosquée, les chaînes satellitaires arabes, les cercles communautaires fermés, et désormais les algorithmes des réseaux sociaux.
La présente étude – produite par le Centre ACHA dans le cadre de sa méthodologie propre de recherche sur les droits de l’homme – ne cherche ni à condamner ni à absoudre.
Elle constitue une tentative rigoureuse de comprendre : comment une hostilité se perpétue-t-elle d’une génération à l’autre ? Qu’est-ce qui lui permet de survivre dans des environnements qui n’ont connu ni le conflit originel ni ses protagonistes?
1 570 actes antisémites recensés en France en 2024 – pour la 2ᵉ année consécutive au-dessus du seuil de 1 000 actes. Contre 436 actes en 2022 : une multiplication par 3,6 en deux ans.
CRIF – Rapport annuel du SPCJ, janvier 2025
65,2 % des actes antisémites en 2024 constituaient des atteintes aux personnes (violences physiques, menaces, propos). 106 actes de violence physique avérés sur l’année.
CRIF – SPCJ, 2025
RÉSUMÉ EXÉCUTIF & DONNÉES CLÉS
La présente étude s’appuie sur les dernières données disponibles issues de sources institutionnelles françaises et européennes (CRIF, CNCDH, Fondapol, IFOP, DILCRAH, Sciences Po) ainsi que sur les entretiens exclusifs accordés au Centre ACHA par deux experts de référence sur ce sujet.
56 % des Français de confession musulmane estiment en 2024 que « les Juifs utilisent leur statut de victimes de la Shoah à leur propre profit ». Contre 43 % du même groupe en 2022 : une progression de 13 points en deux ans.
Fondapol – Radiographie de l’antisémitisme en France, édition 2024
55 % des Français de confession musulmane pensent que « les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique », contre 42 % en 2022.
Fondapol / IFOP – Rapport Assises de lutte contre l’antisémitisme, avril 2025
67 % des Français de confession musulmane répondent qu’Israël se comporte avec les Palestiniens « comme les nazis avec les Juifs ». 65 % chez les moins de 35 ans de confession musulmane.
Fondapol – Radiographie de l’antisémitisme 2024
1 670 actes antisémites signalés dans les seuls établissements scolaires français lors de l’année scolaire 2023–2024. Contre 400 l’année précédente : multiplication par 4 en un an.
Ministère de l’Éducation nationale, octobre 2024
31 % des élèves musulmans du secteur public estiment « légitime » de s’en prendre aux Juifs en raison de leur « soutien à Israël ».
TELOS / Étude sur la diversité de l’antisémitisme, 2024
I LA PROBLÉMATIQUE – CE QUE LE DISCOURS OFFICIEL REFUSE DE NOMMER
Le traitement institutionnel de l’antisémitisme en Europe souffre d’un biais structurel persistant : il se concentre sur les manifestations – actes, statistiques, condamnations judiciaires – sans jamais pleinement affronter la question de l’origine. D’où vient cette haine ? Comment s’est-elle formée ? Ces questions demeurent, dans leur grande majorité, sans réponse sérieuse.
L’angle mort de la plupart des études européennes est le refus d’admettre ce que l’on pourrait nommer l’antisémitisme importé : une hostilité qui n’a pas germé sur le sol européen, mais qui y a été introduite par les vagues successives de migration en provenance du monde arabo-musulman, chargée d’héritages idéologiques, de traumatismes collectifs et d’interprétations religieuses dévoyées.
Le rapport annuel 2024 de la CNCDH révèle à ce titre une « forte polarisation générationnelle » : si les cohortes les plus récentes affichent des niveaux de tolérance en progression, on observe simultanément une fraction de la jeunesse issue de l’immigration qui manifeste une perméabilité croissante aux représentations antisémites – paradoxe qui ne peut s’expliquer sans examiner les mécanismes de transmission intergénérationnelle.
La Question de Recherche Fondamentale
La question n’est pas : l’islam est-il, par nature, une religion antisémite ?
La question est : comment les représentations hostiles aux Juifs se transmettent-elles d’une génération à l’autre, y compris après la migration en Europe ? Quels sont les canaux effectifs de cette transmission ? Qu’est-ce qui les maintient actifs dans un environnement culturel radicalement différent ?
Hypothèses de départ de l’étude ACHA
La socialisation primaire (avant 15 ans) conditionne de manière durable la représentation de l’Autre.
Le texte religieux instrumentalisé politiquement produit une hostilité structurelle, indépendante du conflit concret.
Le repli communautaire prive les préjugés de tout mécanisme de correction par l’expérience.
Les médias arabes diffusés en Europe constituent un vecteur de transmission continue entre générations.
L’espace numérique arabe amplifie ces mécanismes sans les contraintes géographiques antérieures.
II LE TEXTE RELIGIEUX ENTRE HÉRITAGE ET INSTRUMENTALISATION
Aucune étude sérieuse sur ce sujet ne peut éluder la dimension religieuse. La vérité scientifique que beaucoup esquivent est la suivante : une partie de l’héritage juridico-théologique islamique – tel qu’il s’est constitué historiquement dans certaines périodes précises – véhicule des textes et des interprétations dont la gravité, s’agissant des relations avec les Juifs et avec l’Occident, est indéniable.
Certains textes de jurisprudence classique – loin d’être marginaux dans des systèmes éducatifs étendus – fixent des prescriptions précises en matière de relations avec les non-musulmans, allant jusqu’à condamner des actes aussi ordinaires que la poignée de main ou le partage du repas avec les « gens du Livre ».
Ces textes ne sont pas nés dans le vide. Ils se sont formés dans des contextes politiques et historiques déterminés, avant d’être réactivés au XXᵉ siècle – principalement à partir de la révolution nassérienne de 1952 – comme instruments de mobilisation identitaire au service du nationalisme arabe.
La distinction entre le texte originel, l’interprétation scolastique accumulée et l’instrumentalisation politique contemporaine est fondamentale pour la rigueur méthodologique de l’étude.
Entretien Exclusif – Sfyan Al-Samarrai, journaliste irakien
“ L’école arabe et l’enseignement religieux dévoyé ont joué un rôle considérable dans le conditionnement intellectuel des enfants. La mosquée et l’école forment le socle de l’éducation ; l’environnement familial n’est que la réaction à ce qu’elles produisent – rien de plus, rien de moins.
Le droit mis en place par l’État a soumis la société à une légitimation de la pensée hostile aux Juifs, empruntée à un texte religieux brouillé, interprété dans des époques révolues de domination non arabe. ” – Sfyan Al-Samarrai – Journaliste irakien, entretien exclusif accordé au Centre ACHA Al-Samarrai met en lumière un mécanisme d’une redoutable précision : dans la majorité des cas, ce n’est pas le foyer familial qui initie la transmission. C’est lui qui l’entérine en écho à ce que la mosquée ou l’école coranique ont d’abord instillé. L’enfant entend un discours hostile à l’extérieur ; il rentre chez lui et y trouve confirmation. La boucle se referme.
Entretien Exclusif – Dr Edy Cohen, orientaliste, Université hébraïque de Jérusalem “ L’État a soumis la société à la légitimation de la pensée hostile aux Juifs en empruntant sa caution au texte religieux brouillé, interprété à des époques de domination non arabe – comme la période abbasside – tandis que la coexistence qui avait prévalu à l’époque omeyyade arabe était délibérément laissée de côté. La loi est infiltrée de considérations sectaires portées par des législateurs qui privilégient certaines périodes et certaines écoles juridiques. ” – Dr Edy Cohen -Orientaliste, Université hébraïque de Jérusalem, entretien exclusif accordé au Centre ACHA Cette analyse ouvre une piste analytique capitale : le problème n’est pas l’islam en tant que civilisation. Le problème est ce que l’on pourrait nommer l’islam abbasside – les interprétations scolastiques figées d’une époque révolue, réactivées au XXᵉ siècle comme outil de contrôle politique.
Ce travail de clarification entre foi personnelle et instrumentalisation idéologique est au cœur de la méthodologie du Centre ACHA.
III LA SOCIALISATION PRIMAIRE – QUAND LES CARTES MENTALES PRÉCÈDENT LA RAISON La relation à l’Autre se construit avant que l’enfant dispose des outils de la pensée critique autonome. Entre trois et quinze ans se dessinent les premières cartes cognitives : qui est ami ? qui est ennemi ? qui mérite confiance ? qui est objet de défiance ? C’est dans cet intervalle que se joue l’essentiel de la construction identitaire.
Dans de nombreux environnements arabes et musulmans, ces cartes sont tracées avec les Juifs assignés au rôle de l’ennemi structurel. Non pas à la suite d’une expérience personnelle – il n’y en a aucune – mais comme un héritage culturel transmis par les récits familiaux, les commentaires du quotidien, les plaisanteries entre adultes, les programmes télévisés et les manuels scolaires.
L’étude Fondapol 2024 l’illustre avec une netteté saisissante : si 76 % des Français de plus de 75 ans citent les Juifs comme la communauté la plus exposée aux actes violents en France, cette proportion tombe à seulement 27 % chez les moins de 25 ans. La baisse est linéaire avec l’âge.
Loin d’être un signe de progrès, cet écart traduit, pour une fraction de la jeunesse, une invisibilisation de la réalité de l’antisémitisme – résultat d’une socialisation façonnée par d’autres récits.
Vecteurs de la socialisation primaire identifiés par l’étude
■ La famille : commentaires quotidiens, récits fondateurs, réactions aux événements d’actualité internationale ■ La mosquée et l’école coranique : interprétations juridico-théologiques et cadrage identitaire précoce ■ Les programmes scolaires dans les pays d’origine : mise en récit historique du conflit israélo-arabe ■ La télévision arabe satellitaire : feuilletons, émissions politiques, rhétorique du conflit permanent ■ La culture populaire arabes : jeux d’enfants, iconographie, chants patriotiques anti-israéliens Lorsque cet individu migre en Europe, il n’efface pas sa carte mentale. Il l’emporte. Plus troublant encore : ce constat s’applique à ses enfants et petits-enfants nés en France, car la carte cognitive familiale se transmet par la parole quotidienne, indépendamment du lieu de naissance.
IV LES MÉDIAS ARABES – LA FABRIQUE DE L’IMAGINAIRE COLLECTIF EXPORTÉ
Il est impossible de comprendre l’antisémitisme dans les communautés musulmanes immigrées sans mesurer le rôle des médias arabes depuis l’ère nassérienne jusqu’à nos jours.
Ces médias n’ont pas été de simples vecteurs d’information : ils ont constitué un instrument politique délibéré, conçu pour détourner l’attention des échecs intérieurs et fédérer les peuples derrière un ennemi extérieur commun.
Grâce aux chaînes satellitaires, cet imaginaire n’est plus resté confiné aux pays d’origine. Il a pénétré les foyers des immigrés à Marseille, à Bruxelles, à Amsterdam. L’antenne parabolique sur les façades des immeubles des banlieues françaises a fonctionné – et fonctionne encore – comme un pont permanent entre la société d’accueil et les représentations construites dans la société d’origine.
“ En 2011, les médias arabes ne traitaient pas des problèmes intérieurs – des crises chroniques dont souffrait le peuple égyptien. L’intégralité de leur couverture consistait à attaquer Israël nuit et jour. L’objectif était de concentrer la conscience collective sur un seul problème : Israël. Ces peuples étaient concernés par la « Palestine » et n’avaient apparemment aucun autre problème. ”
– Dr Edy Cohen – entretien exclusif accordé au Centre ACHA
Ce mécanisme de détournement de l’attention – analysé initialement par le sociologue Neil Smelser comme une « dérivation émotionnelle » – trouve dans le discours médiatique arabe l’une de ses applications les plus systématiques et les plus durables de l’histoire contemporaine.
“ Lorsque l’émir du Qatar Hamad ben Khalifa reçut Shimon Pérès à Doha en 2007, Al-Jazeera attaquait simultanément Israël. Pérès lui dit : nos relations sont bonnes, pourquoi cette hostilité dans vos médias ? Hamad répondit : liberté d’expression. Pérès sourit — car il savait qu’il n’existe pas de liberté d’expression dans le monde arabe. Quiconque prononcerait un seul mot contre ces régimes serait arrêté sur-le-champ. ”
– Dr Edy Cohen – entretien exclusif accordé au Centre ACHA
Cette anecdote révèle la fonction réelle de ce dispositif médiatique : non pas informer, mais produire stratégiquement de l’hostilité comme instrument de gouvernement intérieur. Et cette production est désormais consommée en temps réel par les diasporas européennes via YouTube, TikTok et Telegram.
V LE REPLI COMMUNAUTAIRE – UNE ÎLE AU CŒUR DE LA VILLE
Parmi les phénomènes les plus discutés et les moins analysés avec franchise dans les débats européens sur l’intégration figure le repli communautaire volontaire d’une fraction des populations musulmanes.
Un repli qui ne traduit pas nécessairement un rejet de la société d’accueil, mais qui répond à des dynamiques sociales complexes dans lesquelles la rétraction vers le familier représente une forme de sécurité psychologique et sociale.
Ce qui est préoccupant n’est pas le repli en lui-même. Ce qui est préoccupant, c’est qu’il maintient les représentations stéréotypées à l’abri de tout examen. Lorsqu’une personne ne rencontre jamais le Juif français concret – le citoyen ordinaire, le voisin, le collègue – la représentation préalable forgée dans l’enfance reste l’unique référence.
L’enquête de l’Agence européenne des droits fondamentaux (2024) dans 13 pays de l’UE révèle que 50 % des musulmans déclarent subir des discriminations dans leur vie quotidienne. Ce sentiment réel de marginalisation renforce mécaniquement le repli – créant ainsi un cercle vicieux : discrimination → repli → absence de contact → persistance des stéréotypes → nouveaux comportements discriminatoires.
Mécanismes du repli communautaire en Europe – données de terrain
■ Concentration résidentielle : en Seine-Saint-Denis, la population musulmane atteint près de 30 % (études convergentes 2024) ■ Réseaux d’amitié fermés, constitués quasi exclusivement au sein du même groupe d’appartenance ■ Consommation des médias arabes comme substitut ou complément aux médias français ■ Espace numérique fermé : groupes WhatsApp, canaux Telegram communautaires – chambres d’écho permanentes ■ Endogamie comme norme sociale dominante, renforçant la transmission culturelle intra-groupe ■ Enseignement religieux privé déconnecté du curriculum national et de ses valeurs civiques Il est fondamental de préciser : ce constat ne concerne pas uniquement les primo-arrivants ou les personnes peu scolarisées.
Des études récentes montrent que le repli s’observe chez des individus de deuxième et troisième génération, parfaitement francophones, titulaires de la nationalité, bien insérés professionnellement.
La maîtrise fonctionnelle du pays d’accueil ne garantit pas une ouverture axiologique vers l’Autre.
VI L’ÉCART ENTRE REPRÉSENTATION ET RÉALITÉ – QUAND L’IMAGINAIRE GOUVERNE Des études qualitatives menées en France et en Belgique révèlent un écart saisissant : les participants qui exprimaient les attitudes les plus hostiles à l’égard des Juifs n’avaient, pour l’immense majorité, jamais eu le moindre contact personnel avec un Juif français.
Leur hostilité ne procédait pas de l’expérience. Elle procédait de l’image. Une image construite au fil de décennies d’endoctrinement médiatique, religieux et familial, demeurée intacte faute d’être soumise à l’épreuve du réel.
Les participants ayant mentionné des expériences directes positives avec des Juifs manifestaient en règle générale des attitudes plus nuancées.
La Fondapol (2024) corrobore : 67 % des Français de confession musulmane estiment qu’Israël traite les Palestiniens « comme les nazis traitaient les Juifs ». Cette représentation, qui confond deux réalités historiques radicalement différentes, est caractéristique d’une image construite par superposition de récits médiatiques et non par connaissance historique directe.
VII L’ESPACE NUMÉRIQUE – LA NOUVELLE DIMENSION DE LA TRANSMISSION
La révolution numérique a ajouté une dimension inédite et particulièrement préoccupante : les médias arabes hostiles n’ont plus besoin d’une antenne parabolique. Ils tiennent dans chaque poche, dans chaque groupe de messagerie, dans chaque algorithme de recommandation.
Les réseaux sociaux arabophones – YouTube, TikTok, Instagram, Telegram – produisent quotidiennement des contenus hostiles à Israël et aux Juifs. Ces contenus atteignent les jeunes musulmans d’Europe aussi vite qu’ils atteignent leurs homologues du Caire ou de Rabat.
Les algorithmes les amplifient, car ils proposent prioritairement ce qui correspond aux intérêts préalablement manifestés par l’utilisateur.
L’espace numérique communautaire fermé fonctionne comme une chambre d’écho qui intensifie l’héritage culturel plutôt que de le confronter à la contradiction. Le jeune né en France peut vivre dans un univers numérique culturellement clos, nourri quotidiennement du même discours qui façonnait son grand-père.
518 actes antisémites en 2024 pour lesquels les propos des auteurs faisaient explicitement référence à la « Palestine ». Soit en moyenne 43 actes par mois directement reliés à ce discours de contextualisation politique.
SPCJ – Rapport annuel 2024
VIII TRAJECTOIRES D’INTÉGRATION – CE QUI CHANGE, CE QUI RÉSISTE
La question la plus porteuse d’espoir est aussi la plus complexe : les attitudes évoluent-elles avec l’intégration ? La réponse scientifique n’est pas tranchée.
Le rapport annuel 2024 de la CNCDH fait état d’une « forte polarisation générationnelle » : si la génération née après 1987 atteint un record historique de tolérance et affiche 25 points d’écart avec les cohortes nées avant 1956, cette évolution positive masque une contre-tendance alarmante dans une fraction de la jeunesse issue de l’immigration, où l’on observe un durcissement identitaire réactif.
L’intégration fonctionnelle – emploi, maîtrise linguistique, naturalisation – ne coïncide pas nécessairement avec l’intégration axiologique. Il est tout à fait possible d’exercer un métier dans une entreprise française, de voter aux élections, de s’exprimer en français sans accent, tout en conservant intacte une vision du monde hermétique à l’Autre.
Comparaison des trajectoires générationnelles
■ 1ᵉ génération (immigrée) : porte la carte mentale intégrale de la société d’origine ■ 2ᵉ génération (née en Europe) : hérite de la carte familiale, amplifiée par Internet et les réseaux communautaires ■ 3ᵉ génération : forte hétérogénéité -intégration avancée OU durcissement identitaire réactif selon l’environnement social ■ Variable décisive : nature, profondeur et régularité du contact direct avec la société d’accueil ■ Les crises politiques (Gaza, attentats, débats identitaires) réactivent la logique tribale dans toutes les générations La conclusion s’impose : le temps seul ne suffit pas. C’est la qualité de l’expérience interculturelle – le contact direct, régulier, égalitaire avec l’Autre – qui détermine si les représentations héritées seront corrigées ou renforcées. En l’absence de ce contact, l’imaginaire hérité résiste indéfiniment.
IX MÉTHODOLOGIE DU CENTRE ACHA – PROTOCOLE DE RECHERCHE
Le Centre ACHA a élaboré une méthodologie propre qui articule quatre dimensions complémentaires : la recherche documentaire et statistique, l’entretien exclusif avec des experts de terrain, l’analyse de contenu des espaces numériques communautaires, et l’observation qualitative de proximité dans les villes françaises.
Cette approche combine la rigueur académique des sciences sociales avec les exigences opérationnelles d’une organisation de terrain engagée dans la prévention de la haine et la promotion des droits de l’homme. Elle repose sur cinq principes fondamentaux.
★ Les Cinq Principes Méthodologiques du Centre ACHA
Neutralité axiologique : aucune conclusion n’est posée a priori ; les données et les entretiens guident les résultats.
Triangulation des sources : chaque affirmation est étayée par au moins deux types de sources distincts (statistiques + entretiens + terrain).
Distinction entre religion, culture et politique : le fait religieux n’est jamais traité comme cause unique ; il est toujours contextualisé dans ses usages sociaux et politiques.
Principe de non-stigmatisation collective : les résultats portent sur des comportements mesurables, jamais sur des essences culturelles ou identitaires.
Finalité préventive et opérationnelle : toute analyse débouche sur des recommandations concrètes à destination des acteurs publics et de la société civile.
Protocole de l’Étude de Terrain Proposée
Sur la base des axes développés ci-dessus, le Centre ACHA propose de lancer une étude de terrain complète selon le protocole suivant :
Quatre composantes de l’étude de terrain
■ A – Entretiens qualitatifs : 40 à 60 entretiens semi-directifs auprès de membres de communautés musulmanes en France, répartis sur trois générations et cinq profils d’intégration ■ B – Enquête quantitative : questionnaire auprès de 500 participants mesurant la socialisation primaire, les sources d’information et les attitudes ■ C – Analyse de contenu numérique : surveillance de 50 canaux arabophones (YouTube, TikTok, Telegram) diffusés auprès des diasporas européennes ■ D – Comparaison longitudinale : suivi sur 18 mois de groupes à niveaux d’intégration contrastés pour mesurer l’évolution des attitudes
X CADRE ÉTHIQUE & DÉONTOLOGIQUE
La présente étude touche par sa nature même des questions sensibles au croisement des droits de l’homme, de l’identité culturelle, du fait religieux et des tensions intercommunautaires. Le Centre ACHA s’engage à respecter le cadre éthique suivant dans l’ensemble de ses travaux sur ce sujet.
★ Garanties Éthiques et Déontologiques du Centre ACHA
Distinguer rigoureusement entre la foi religieuse vécue personnellement et l’instrumentalisation politique du discours religieux par les pouvoirs.
Refus catégorique de toute lecture qui impute une culpabilité collective à un groupe humain dans son ensemble.
Méthodologie droits de l’homme : la responsabilité porte sur les comportements des individus, jamais sur leur appartenance identitaire.
Neutralité politique absolue à l’égard de toutes les parties prenantes du conflit au Moyen-Orient.
Respect du RGPD et de la confidentialité des participants à toutes les phases de la recherche.
Finalité exclusive : comprendre pour prévenir – ni condamner, ni exonérer.
CONCLUSION & RECOMMANDATIONS
La présente étude préliminaire conclut que l’antisémitisme au sein des communautés musulmanes européennes n’est pas un phénomène aléatoire ni la simple réaction à des événements conjoncturels.
Il s’agit, dans son essence, d’un phénomène structurel qui se transmet selon des mécanismes systématiques, identifiables, mesurables et susceptibles de faire l’objet d’interventions ciblées.
La famille, la mosquée, l’école religieuse, les médias arabes, le repli communautaire et l’espace numérique fermé ne sont pas des causes indépendantes. Ils forment un système cohérent qui reproduit l’hostilité d’une génération à l’autre – y compris dans des sociétés qui n’ont jamais connu ni le conflit originel ni ses protagonistes.
Les données 2024 – 1 570 actes antisémites, 1 670 incidents dans les seuls établissements scolaires, 67 % des Français de confession musulmane assimilant Israël au nazisme – attestent de l’urgence d’une réponse structurée.
La prévention authentique ne commence pas par le traitement des symptômes. Elle commence par la compréhension des mécanismes qui les génèrent. C’est précisément l’objet de la présente étude et la raison d’être du Centre ACHA.
Recommandations Opérationnelles pour le Centre ACHA
■ Lancer l’étude de terrain complète en partenariat avec des institutions académiques françaises et européennes ■ Développer des programmes de formation à destination des imams et enseignants coraniques, fondés sur une herméneutique de la coexistence ■ Mettre en place des programmes de contact structuré : activités réunissant jeunes musulmans et juifs dans des espaces neutres et sécurisés ■ Assurer un suivi juridique des contenus numériques arabophones hostiles diffusés auprès des diasporas européennes ■ Établir des partenariats avec l’Éducation nationale pour intégrer des modules pédagogiques sur l’histoire de la coexistence judéo-arabe ■ Publier un rapport annuel du Centre ACHA sur l’état de la transmission de la haine héritée en France ■ Élargir la plateforme SENTINEL à la surveillance du contenu numérique arabe consommé en Europe
